Métiers du spectacle
« Avec le temps, j’ai appris à mieux écouter mon corps »
Dans le cadre de la journée mondiale de la danse, Raphaël Canet, danseur au Ballet de Biarritz depuis quinze ans, revient sur son parcours, les exigences et les réalités du métier.

D’où est venue cette envie de devenir danseur ?
« Mon envie de devenir danseur est venue un peu par hasard. Plus jeune, je faisais beaucoup de petits spectacles pour ma famille. Un jour, j’avais simplement besoin de me dépenser et je suis allé aux journées portes ouvertes du conservatoire d’Avignon. Ils ont vu un garçon et se sont dit qu’ils n’allaient pas me laisser partir… et moi non plus, je n’ai pas lâché. En réalité, je suis tombé exactement sur ce qu’il me fallait ! »
Quel a été votre parcours ?
« J’ai commencé au conservatoire d’Avignon, où j’ai suivi un cursus aménagé jusqu’à mon bac S. J’ai par la suite décidé de me consacrer pleinement à la danse, en poursuivant mes études via le CNED. À 18 ans, je suis parti à l’Opéra de Bordeaux pour danser dans Roméo et Juliette pendant trois mois et demi. Là-bas, j’ai rencontré des danseurs qui m’ont orienté vers une junior compagnie en Espagne. Comme les compagnies demandent souvent de l’expérience, ces structures sont un bon tremplin pour les jeunes danseurs ! Je suis ensuite parti à Saint-Sébastien, dans la junior compagnie Dantzaz, avec une orientation plus contemporaine. Puis, en 2011, à 20 ans, j’ai intégré le Ballet de Biarritz, où je danse depuis maintenant 15 ans. »
Comment gérez-vous les exigences physiques et mentales du métier ?
« C’est assez paradoxal. La danse est fatigante mais c’est aussi ce que je recherche. Quand une journée est uniquement consacrée à la répétition, il me manque parfois ce défi physique, ce moment où je dépasse mes limites. Mentalement, c’est devenu plus difficile avec l’âge. Plus jeune, je réfléchissais moins et je profitais moins des spectacles. Aujourd’hui, je profite davantage, mais je suis aussi plus conscient de la fatigue et des exigences. Le risque, c’est d’oublier l’aspect artistique et de ne penser qu’à la performance. J’essaie donc de me rappeler que je danse avant tout pour m’épanouir émotionnellement. Le plus dur reste le regard sur soi et les corrections quotidiennes, même si elles sont là pour nous faire progresser. Tout dépend de la façon dont on les reçoit. »
Avez-vous déjà été blessé et comment avez-vous appris à gérer ces blessures ?
« Oui, ma première grosse blessure est arrivée après cinq ans dans la compagnie. J’ai longtemps dansé avec cette douleur. J’ai aussi subi des opérations des ménisques aux deux genoux. Désormais, nous avons accès à des structures comme le Centre européen de rééducation du sportif (CERS), un centre dédié aux sportifs de haut niveau, ce qui facilite la prise en charge.
Avec le temps, j’ai appris à mieux écouter mon corps. Avant, je me disais que tant que je pouvais marcher, je pouvais continuer. En réalité ce n’était pas la bonne approche. Maintenant je suis plus attentif, même si j’ai une forte résistance à la douleur. L’objectif, ce n’est plus de tenir à tout prix, mais de faire durer sa carrière. »
Comment vivez-vous les périodes d’arrêt ?
« Je les accepte plutôt bien et j’essaie d’en tirer du positif. Je me dis qu’un mois d’arrêt peut me permettre de gagner plusieurs années de carrière. »
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent devenir danseurs et comment décrocher des opportunités dans ce milieu ?
« La danse est exigeante, mais il existe aujourd’hui énormément de formes d’expression. On peut être danseur sans forcément intégrer une grande compagnie. Il ne faut pas se limiter à des institutions prestigieuses comme l’Opéra de Paris. On peut créer ses propres projets, travailler en petit groupe et être tout aussi épanoui. J’ai par exemple ressenti énormément d’émotion en dansant dans des EHPAD, parfois plus que devant 2000 personnes ! L’essentiel est de trouver ce qui nous touche.
Il ne faut pas craindre d’aller vers les autres : contacter des danseurs, discuter après les spectacles, prendre des cours dans des compagnies, envoyer des candidatures. Il faut persévérer, montrer sa motivation et multiplier les démarches. »
Comment voyez-vous la suite de votre carrière ?
« J’ai 35 ans, je sors de blessure et la direction de la compagnie va changer dans quelques mois. Pour moi, c’est une opportunité que je veux saisir pleinement. Je sais qu’à mon âge, il est plus difficile de trouver un nouveau contrat, mais j’ai la chance d’être dans une compagnie depuis 15 ans ! Je veux profiter au maximum de la fin de ma carrière. »
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